I was a member of the Centre for the Study of Developing Societies a decade ago. It was a time when the institution was at its eccentric best. We had many tacit rules for the discussions we had. One taboo revolved around words one could not use. The glossary of unusable words included crisis, progress, nation building and revolution. There was a general feeling that these were tired words that added little to the discussion. Unfortunately, anyone who did use them had to leave the room. The mistakes provoked much laughter and thoughtfulness about the words that we used as black boxes for our own thinking.

It is not that one objected to clichés. After all a cliché is only a printed type. But one realized that some words were tired and overworked, Stakhonovite words stretched to overtime in the Gulags of our mind. What one needed was a vocabulary of key terms that allowed a new set of sensitivities and reciprocities between language and power. But inventing new words is not easy. It reminds me of a story that Jung recounted when the Irish author James Joyce and his son went to meet the psychoanalyst. Joyce was excited about his son’s verbal versatility and commented on it to Jung. After some thought Jung replied that in Joyce’s case, his words displayed genius, but in his son’s case, they showed symptoms of schizophrenia. The relation between word and self and word and world is always a problematic one.

The task is made more complex by the debt we owe some words. Take the word rights. It is such a life affirming word. A right as a claim to being, an ecology of entitlements; a right as an affirmation of citizenship; a right as an empowering word opening domains to marginals and minorities. There is poetry, a power to it even if rights are stated in legal prose. A right to life is a toast to life until the word life changes text and context. Today, when we refer to life, we seem to be referring to a fashionable technique in a genetics laboratory. The word loses its life affirming alchemy.
Il y a une dizaine d'années, j'étais membre du Centre d'Etude du Développement des Sociétés. A cette époque l'institution était au paroxysme de l'excentricité. De nombreuses règles tacites sous-tendaient nos discussions. Un tabou planait sur certain mots qu'on ne pouvait utiliser. Dans le glossaire des mots inutilisables figurait notamment les termes : crise, progrès, construction de la nation et révolution. Un sentiment général considérait ces termes comme fatigués et apportant peu aux discussions. Malheureusement, tous ceux qui les utilisaient, devaient quitter la salle. Beaucoup de rires et de réflexions furent provoqués par nos erreurs sur ces mots utilisés comme les boîtes noires de notre propre pensée.

Ce n'est pas que l'on s'opposait aux clichés. Après tout, un cliché n'est seulement un "idéal-type". Mais on s'est aperçu que certains mots étaient fatigués et surmenés, les mots du Stakhonovite s'accrochaient aux heures supplémentaires dans les goulags de nos esprits. Ce dont nous avions besoin était d'un vocabulaire construits autour de termes clés qui permettrait une nouvelle palette de sensibilités et réciprocités entre langage et pouvoir. Mais inventer de nouveaux mots n'est pas facile. Cela me rappelle une histoire que Jung racontait lorsque l'auteur irlandais James Joyce et son fils sont allés rencontrer le psychanalyste. Joyce, impatient à propos de la polyvalence verbale de son fils, en faisait le rapport à Jung. Après réflexion, Jung répondi que dans le cas de Joyce, les mots s'alignaient avec génie, mais dans le cas de son fils, ils montraient des symptômes de schizophrénie. La relation entre soi et les mots et entre le monde et les mots est toujours une relation problématique.

La tâche est rendue plus complexe par la dette que nous entretenons envers certains mots. Prenez le mot "droits". C'est un mot qui affirme tellement la vie. Le "droit" est comme une revendication à être, une écologie des droits; le droit comme une affirmation de la citoyenneté; le droit comme mot émancipateur ouvrant de nouveaux champs de bataille aux marginaux et aux minorités. Il y a dans ce terme de la poésie, un pouvoir, même si les droits sont exprimés en prose juridique. Un droit à la vie est un toast à la vie jusqu'à ce que le mot vie change le texte et le contexte. Aujourd'hui, lorsque nous parlons de la vie, nous semblons faire référence à une technique à la mode dans un laboratoire de génétique. Le mot perd sa vie en affirmant son alchimie.
Unfortunately, the word right faces objections from many quarters. Many claim it is a constituent of a Judeo-Christian cosmos and alien to other cosmologies. Some others suggest that it is a monadic word whose harmony is lost without hyphenation. As a concept, ‘rights’ is an incomplete civics without the equilibrating harmony of duties. For some, rights is an atlas word holding too many other worlds such that you have a right to life, to culture, to property, to work, to welfare, to health, to participation, to development, to privacy, to education, to information, the right not to be tortured, and the list goes on. The plethora of worlds the word affirms, guarantees and protects, makes one wonder whether in a managerial sense the word has extended its core competence. It raises many questions. Should rights be extended to collectives or restricted to individuals? Following the Indian and Irish constitutions, should rights be restricted to justiciable claims and others be treated as futuristic promises, rain checks for a future polity?
The danger today is that if ‘rights’ is a proliferative open-ended term, the words that substituted for it are procrustean, suggesting a panopticon of guarantees rather than an invention of possibilities. One such stolid substitute is the word security. Security was once a simpler word. It was a guarantee of stability and protection in a territorial space under a sovereign. As an old fashioned word, it did its job adequately in an old-fashioned way. But today, security suffixes energy, health, housing and so on. The securitization of the word implies it is a state responsibility, emphasizing not so much access but a guarantee. The word securitization carries a semantic web different from rights. It loses a certain celebratory quality and becomes part of some dismal science. The entire idea gets economized and these sites move from life-world to system, that is, from a lived polysemic reality to a formal organized domain. Security often becomes confused with sustainability. Securitization thus, beginning in the name of rights, ironically reduces rights in the very process of seeking safety, security and sovereignty.
Malheureusement, le mot « droit » fait face à des objections provenant de toutes parts. Beaucoup prétendent qu'il est un constituant d'un cosmos judéo-chrétienne et étranger à d'autres cosmologies. D'autres suggèrent que c'est un mot monadique dont l'harmonie est perdu sans césure. En tant que concept, «droit » est une citoyenneté incomplète sans l'harmonie équilibré avec les devoirs. Pour certains, "droit" est un mot de l'atlas contenant trop d'autres mondes tels que vous disposez d'un droit à la vie, à la culture, à la propriété, au travail, au bien-être, à la santé, à la participation, au développement, à la vie privée, à l'éducation, à l'information, le droit de ne pas être torturé, et la liste continue. La pléthore des mondes que ce terme affirme, garantie et protège, à se demander si dans un sens managérial le mot a étendu ses compétences de base. Il soulève de nombreuses questions. Le "droit" devraient-ils être étendu aux collectifs ou se limiter aux individus? D'après les constitutions indiennes et irlandaises, le terme de "droit" devrait-il seulement qualifier les revendications pouvant être amenées devant la justice et le reste devrait être traité comme des promesses futuristes, les chèques de pluie pour la politique à venir?

Le danger aujourd'hui est que si «droit» est un terme infiniment prolifère, les mots qui lui sont substitués sont ???, lesquels suggèrent un panoptique de garanties plutôt qu'une ouverture de possibles. Le mot sécurité est un de ces mots flegmatique qu'on lui substitut. Il représente une garantie de stabilité et de protection dans un espace territorial sous la gouvernance d'un souverain. Il a fait son travail de manière adéquate : en vieux mots démodés de manière démodée. Mais aujourd'hui, la sécurité est le suffixe d'énergie, de la santé, du logement et ainsi de suite. La titrisation du mot l'implique, il s'agit d'une responsabilité de l'État, en mettant l'accent pas tant sur la question de l'accès à la sécurité, mais sur sa garantie. La titrisation du terme amène une toile sémantique différente de celui du terme "droit". Il perd une certaine qualité de célébration et devient un bout de science lugubre. L'idée entière est "économisée" et ces sites passent du monde de la vie à un système, c'est-à-dire, d'une réalité polysémique vécue à un domaine organisé officiel. Le terme "sécurité" est alors souvent confondu avec une idée de durabilité. Ainsi agit la titrisation, elle commence au nom du droit, puis réduit les droits dans un processus de recherche de protection, de sécurité et de souveraineté.

The search for cognitive justice
SHIV VISVANATHAN

http://www.india-seminar.com/2009/597/597_shiv_visvanathan.htm